
Conférence Laetitia Guerlain, “A la recherche d’un droit commun primitif. Les juristes français du XIXe siècle et la question des origines du droit” (Nanterre, 14 janvier 2020)


Le CNRS ouvre au concours un poste de chargé de recherche de classe normale, en section 38 (anthropologie et étude comparative des sociétés contemporaines), sur le thème “Anthropologie juridique” (JO du 1er décembre 2019)

L’objectif du présent volume est de mettre en évidence la tension qui caractérise les rapports entre deux projets scientifiques : d’une part, le projet d’une théorie juridique de l’État ; d’autre part, le projet anthropologique. Par anthropologie on entend ici l’étude empirique des sociétés non-occidentales (notamment des sociétés que l’on avait coutume d’appeler « primitives » ou « archaïques ») dans la mesure où elle vise, comme l’écrivait Claude Lévi-Strauss, à manifester l’existence de « propriétés générales de la vie sociale ». Or l’anthropologie ainsi entendue s’est largement constituée en miroir avec la théorie de l’État. Au moment même où celle-ci cherchait en Europe à s’isoler dans l’abstraction d’un système clos de concepts (la souveraineté, la constitution, le droit positif, les fonctions de l’État, etc.), les découvertes anthropologiques invitaient au contraire à réinscrire l’État moderne occidental dans une compréhension plus générale de la vie sociale. L’anthropologie n’a cessé depuis lors d’interroger la théorie de l’État, contribuant ainsi à une critique constructive des réflexions occidentales relatives au pouvoir et au droit.
Selon une première perspective relevant de l’histoire des idées, les contributions pourront porter sur de grandes figures ou de grands moments de cette confrontation. Des études monographiques pourraient par exemple examiner l’apparition conjointe, chez certains auteurs du XVIIIe siècle, des linéaments d’une théorie de l’État et des premiers signes d’une recherche anthropologique (Montesquieu, Rousseau, les Écossais) ; ou les premières tentatives faites par des anthropologues pour définir le droit indépendamment de la théorie de l’État (Malinowski, Hoebel). D’autres contributions pourraient mettre en évidence la façon dont des juristes ont eu recours à l’anthropologie pour renouveler la théorie abstraite de l’État : Sumner Maine, Duguit, Hauriou, Hayek, ont montré chacun à leur manière que la juridiction, la législation et l’exécution n’étaient pas seulement des « fonctions », mais aussi des dimensions invariantes des sociétés humaines dont la genèse et l’articulation pouvaient être mises en évidence.
Selon une approche relevant de la philosophie du droit et de la philosophie politique, les contributions pourront aussi analyser, sous divers angles, les multiples implications des enseignements anthropologiques pour la théorie de l’État. En s’appuyant sur ceux-ci, certaines études sont ainsi susceptibles d’infirmer les prétentions propres à l’« universalisme abstrait » auquel s’attachent diverses conceptions de l’État, en soulignant par exemple leur caractère potentiellement ethnocentrique. D’autres contributions pourraient également, à partir des leçons de l’anthropologie, refuser l’identification du droit en général avec le droit de l’État et, contre ce lieu commun du positivisme juridique, reconsidérer avec davantage de finesse la coutume et plus largement le pluralisme juridique ; songeons ainsi au « deep legal pluralism » de John Griffiths. Certains travaux, enfin, pourraient aborder de front l’enjeu politique que soulève cette confrontation, en mettant notamment en lumière les doctrines politiques qui, de manière parfois sous-jacente, s’affrontent à propos de la définition idoine du droit et du pouvoir.
Selon ces deux axes, l’ambition de ce volume est de proposer un autre regard sur la théorie de l’État, afin de soumettre au doute ses bases les plus convenues en croisant les approches de juristes et de philosophes, conformément à la ligne éditoriale de la revue Droit & Philosophie.
Les résumés de propositions de contribution, en français ou en anglais, devront être envoyés à l’adresse de la revue : droitphilosophie@gmail.com jusqu’au jeudi 12 décembre 2019 (inclus). Leur taille ne devra pas excéder 6000 signes (espaces comprises). Ils seront accompagnés d’une bibliographie. En vue de leur anonymisation pour l’évaluation par deux rapporteurs selon le principe du double anonymat, les fichiers devront être envoyés dans un format modifiable (.doc, .docx, .odt).
Numéro coordonné par Tristan Pouthier (Université d’Orléans) et Pierre-Marie Raynal (Université de Cergy-Pontoise)
Les notifications d’acceptation ou de refus seront données d’ici le 15 janvier 2020.
Les contributions complètes et définitives seront à remettre d’ici le lundi 15 juin 2020.
La publication numérique interviendra en novembre 2020 et la publication papier chez Dalloz au printemps 2021.

Université de Bordeaux
Faculté de droit et de science politique
Institut de recherche Montesquieu
Avenue Léon Duguit
Bâtiment recherche droit
Salle Manon Cormier
33608 PESSAC
Contact : laetitia.guerlain@u-bordeaux.fr
À lire certains ouvrages consacrés à la naissance et au développement de l’anthropologie, il semblerait que la question soit tranchée : ce seraient les travaux des naturalistes (Linné, Buffon) ayant permis de classer l’homme au sein des espèces naturelles, l’influence des philosophes (de Rousseau à Kant) ayant proposé une théorie de la nature humaine, et les récits et les observations issus de la seconde grande vague d’exploration (en Afrique, en Amérique, dans le Pacifique), qui auraient permis de (…)
Résumé : Si l’anthropologie moderne diverge, par la systématicité de sa méthodologie, de pratiques d’écriture érudites au statut encore erratique, ses préoccupations n’étaient pas absentes de la démarche des humanistes, à l’intérieur, bien sûr de certaines limites. Au XVIe siècle commence à émerger une étude du fait religieux compris comme un fait de culture, comme une technique élaborée et institutionnalisée. L’humanisme juridique apporte à la tradition mythologique un cadre de réflexion sur le rôle des (…)
Résumé : Cet article se propose d’analyser la place prise par les savoirs et les questionnements intéressant l’anthropologie dans le cadre des travaux liés au développement de l’emblématique dans la première moitié du XVIe siècle. Via l’étude de divers emblèmes composés notamment par André Alciat, Guillaume de La Perrière, Barthélemy Aneau ou Pierre Coustau, il s’attache à démontrer non seulement les liens entre emblématique, étude des rites antiques et analyse de différents phénomènes sociaux et humains, mais (…)
Résumé : La conquête du Nouveau Monde a très rapidement suscité dans l’Espagne du XVIe siècle de violents débats, centrés autour de deux interrogations majeures portant sur le droit des Espagnols à la conquête et à la domination des Indes et sur leur droit à réduire les Indiens à l’esclavage. Pour y répondre, les théologiens et juristes espagnols de l’ordre de saint Dominique ont procédé à deux grandes innovations, que le présent article entreprend de développer. La première a été d’appuyer et de conforter leur (…)
Résumé : Cet article montre comment la notion d’observation participante, théorisée au XXe siècle, trouve ses origines dans les récits de voyages de la Renaissance qui expérimentent déjà l’enquête en immersion dans des sociétés étrangères. Si la légitimité de ces témoignages est héritée du paradigme judiciaire, les écrits juridiques empruntent réciproquement de nombreuses références aux récits pré-ethnographiques pour autoriser leur propos. Ces premières formes d’observation participante sont à la fois légitimées (…)
Résumé : Ce texte porte sur l’inscription des « codes relationnels » établis avec les Indiens Tupinamba dans les récits des capucins Claude d’Abbeville et Yves d’Évreux, au début du XVIIe siècle, dans une perspective comparative par rapport au livre du huguenot Jean de Léry, dont ils sont tributaires. Il s’agit de répondre à la question de l’historicité de la notion de sympathie, dans la mise en place de critères d’identification (atribution de similitude) et de relation (hiérarchie) entre les hommes. (…)
Résumé : Richard Harvey, astrologue anglais du XVIe siècle, est un auteur assez méconnu. Pourtant, c’est dans son texte intitulé Philaldelphus, paru en 1593, qu’apparait pour la première fois en langue anglaise le terme d’« anthropology ». L’objet de cet article est de tenter de dégager le sens dans lequel est employé ce terme – qui est défini par l’auteur comme l’étude de la généalogie et des actes des personnes – à partir des éléments culturels de l’époque et notamment, d’éléments de culture juridique ainsi (…)
Résumé : À bien des égards, Olaus Magnus – comme son frère Johannes – peut être considéré comme un père du gothicisme, entendu comme un mouvement d’idée engendrant une nouvelle approche anthropologique du Nord. Son Historia om de nordiska folken amorce en effet une nouvelle perception des peuples scandinaves (principalement les Suédois) dans laquelle est mis en lumière tout un faisceau de valeurs primaires qui configurent leur identité à la fois politique et juridique commune. En tout état de cause, sa (…)
Résumé : Un des arguments des historiens qui avancent que la question raciale ne prend forme qu’à l’époque contemporaine consiste à montrer que l’évocation du sang est métaphorique avant l’avènement du racisme dit scientifique. Il se serait agi d’évoquer la place de l’identité lignagère à travers une image, celle du sang qui coule de génération en génération. Le présent article, s’appuyant sur des sources à la fois normatives et littéraires, entend montrer au contraire que, dès la fin du Moyen Âge, le sang réel (…)
Résumé : En s’appuyant sur quatre voyageurs français de la seconde moitié du XVIesiècle qui se sont rendus au Levant et ont publié leur récit, cet article étudie la vision anthropologique qui pouvait être la leur. Après avoir présenté les conditions de contact, d’un point de vue juridique et diplomatique, et avoir démontré que ces occasions étaient réelles, cette étude souligne la force de la croyance en l’unité du genre humain et avance que l’intérêt des voyageurs se porte non sur l’homme, mais davantage (…)
Résumé : Nous nous intéressons ici aux initiatives de John Henry Wigmore (1863-1943), doyen de la faculté de droit de la Northwestern University. Depuis le début du dernier siècle, Wigmore a promu plusieurs collections (en anglais) d’œuvres de renommés juristes européens, en matiére du droit pénal, de l’histoire du droit, bref, de la philosophie du droit. Ces pages proposent des clefs pour procéder à une interprétation des collections et pour déveler les stratégies adoptées dans une dynamique de (…)

Du vendredi 24 mai 2019 au samedi 25 mai 2019
Un colloque sur un sujet très actuel mais qui n’attire malheureusement pas assez l’attention. Cet évènement a pour but de sensibiliser à la cause de la protection et de la reconnaissance pleines et entières des peuples autochtones et de leur patrimoine.
Nous mettons un point d’honneur sur la recherche d’intervenants de qualité et concernés par ces problématiques : ONG en contact direct avec les peuples, représentants d’autochtones, juristes, chercheurs spécialistes, etc.
Des temps d’échange seront organisés entre le public et les intervenants.
Se tiendra également une exposition de grands photographes professionnels dans le Hall principal de la Faculté de droit d’Aix-en-Provence, du lundi 20 mai au samedi 25 mai 2019.
13h30 : Accueil des participants et allocution de bienvenue
14h00 : Conférence introductive
Peuples autochtones et environnement : Écocide, biopiraterie, appropriation des expressions culturelles – Exemple du peuple Kanak en Nouvelle- Calédonie
Mme. Subama Mapou, porte-parole IKAPALA et Comité Rhéébù Nùù
Reconnaissance et statut juridique des peuples autochtones
Mr. Daniel Arboleda, doctorant AMU
15h30 : Pause
15h45 : Le droit de propriété des peuples autochtones
Pr. Aurélie Laurent, université du Mans
Les menaces aux territoires – l’affaire Montagne d’Or
Mme. Marine Calmet, représentante ONG Nature Rights
17h20 : Exposition et buffet
Discussions informelles entre les différents intervenants et le public autour d’un buffet et d’œuvres photographiques professionnelles
19h30 : Clôture
9h00 : Accueil des participants / petit-déjeuner
09h15 : Opportunités et contraintes du patrimoine culturel immatériel pour les cultures autochtones
Pr. Laurent Sébastien Fournier, Université AMU
La notion de “génocide culturel” – Le cas des residential schools au Canada
Mme. Lorraine Dumont, doctorante AMU
10h45 : Pause
11h00 : Les actions pour la préservation de la Culture – ACCB Bordeaux et les arrivants de Nouvelle- Calédonie
Mme. Rachelle Hnawia, représentante Association ACCB
Protection des expressions culturelles, symboles et artisanat traditionnel
Mme. Marine Calmet, représentante ONG Nature Rights
12h30 : Clôture et restauration
Accès gratuit, tout public
Faculté de droit et science politique
Amphithéâtre Favoreu
3 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
Résumé :
La question des rapports entre les droits écrits et les droits coutumiers en Afrique date de l’époque coloniale. A l’origine c’était des rapports de hiérarchie consistant à faire cohabiter les deux droits, mais en dénigrant les droits traditionnels avec pour objectif , à plus ou moins brève échéance leur remplacement par les droits écrits d’origine européenne.
Poursuivie après les indépendances avec la règle de la succession d’États et la multiplication des lois écrites, cet objectif s’est heurtée à une résistance discrète mais omniprésente des droits traditionnels, avec parfois des situations claires d’application des solutions de droit traditionnel au détriment des règles écrites.
Il est donc important, au-delà d’un bilan, d’interroger l’état actuel des rapports entre les droits écrits et les droits traditionnels dans les Etats d’Afrique noire et surtout d’en tirer des conséquences en terme de processus de production du droit ayant des chances de s’appliquer effectivement dans un espace juridique donné.
Mercredi 22 Novembre 2017
15 – 16 h
Salle 1
Centre Panthéon
12, place du Panthéon
75005 Paris
Conférencier : Pierre Etienne Kenfack , Université de Yaoundé II (Cameroun)
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